Théories économiques
Bernard Lonergan et la crise économique actuelle

 

Eileen de Neeve

Introduction

L’explication proposée par Bernard Lonergan de la dynamique d’une économie en fonction du cycle de croissance innovatrice pourrait nous aider à comprendre la crise économique et financière actuelle. Je me propose ici d’examiner les données et les analyses pertinentes à travers ce prisme. Les théories de Lonergan s’inspirent des travaux de Hayek et Schumpeter, et d’autres économistes de l’école autrichienne; elles cadrent à certains égards avec les travaux récents sur la croissance innovatrice réalisés par Finn Kydland, Edward Prescott et Paul Romer.1 À l’instar des économistes keynésiens, Lonergan perçoit la présence de périls financiers non résolus dans la dynamique de la croissance. Il discerne que l’économie pourrait épouser un cycle de croissance pur si les gens comprenaient vraiment le processus et s’y adaptaient. Les économies, affirme-t-il, pourraient alors éviter les essors et les effondrements des cycles d’entreprise. Ce qui fait défaut, selon Lonergan, c’est une compréhension des variations des profits dans une croissance innovatrice et une volonté de s’adapter à ces changements. Par example, certaines expansions permettront à un moment donné d’obtenir des rendements extraordinaires, optimaux, sur l’innovation, puis reviendront à la normale. Pour Lonergan, les profits « normaux » comprennent ce que l’entreprise rapporte aux gestionnaires, tout comme les intérêts sur le capital emprunté et les dividences pour les actionnaires.2

Réflexions sur la dynamique macroéconomique

Une conception toute simple de l’économie concerne un flux circulaire de paiements dans la production, les échanges et la finance; elle concerne en fait (1) les débours et les revenus des gens qui sont producteurs, (2) les dépenses des consommateurs sur le marché et leur épargne pour l’avenir et (3) les emprunts et les prêts effectués à des fins d’investissement et de consommation, directement ou indirectement, par l’intermédiaire des institutions financières et des gouvernements.3 Les économistes distinguent généralement les producteurs, les consommateurs, les gouvernements et le commerce extérieur dans le flux circulaire, mais ils proposent une distinction moins nette entre les effets de deux types de dépenses sur l’économie : l’investissement et la consommation.4 De fait, puisque la consommation a un caractère immédiat et représente environ les trois quarts de toutes les dépenses, les économistes accordent moins d’attention aux investissements réalisés par les producteurs et les gouvernements.

En théorie, le flux circulaire des paiements peut être stationnaire et permanent, mais en pratique l’économie est dynamique, elle évolue avec le temps et elle est devenue à maints égards planétaire. Par ailleurs, les schèmes des paiements sont interdépendants et pas toujours transparents. Leur continuité est cependant fonction d’une certaine compréhension du processus chez les participants et de la coordination qu’ils opèrent dans leurs activités économiques en conséquence.5

La production et l’échange, dans l’économie réelle des biens et des services, dépendent des flux d’argent et de crédit permettant les paiements que versent ou reçoivent les gens qui sont à la fois producteurs et consommateurs. Lorsque des innovations sont mises en place, il faut de nouveaux crédits pour financer la nouvelle entreprise ainsi créée. Les économistes demandent un approvisionnement en argent neutre; c’est-à-dire un apport d’argent et de crédit qui s’accroisse de manière qui épouse autant que possible la croissance de l’économie réelle des biens et des services. Pourtant, une question centrale se pose toujours : Comment gérer dans une économie libre l’augmentation de l’argent et du crédit pour la croissance économique? Dans bon nombre de pays, cette responsabilité nationale est confiée aux banques centrales. Mais dans une économie de plus en plus planétaire, des institutions bancaires internationales et des marchés financiers mondiaux assument la gestion de l’argent et du crédit.

Lorsque l’argent et le crédit augmentent de façon excessive ou insuffisante, les schèmes des paiements s’effondrent. Le système financier mondial s’immobilise. Or un effondrement financier se produit habituellement à la suite d’un sommet atteint dans la production économique réelle. Voyez par exemple le sommet enregistré dans l’expansion de la fin de 2006, alors que les investissements immobiliers ont marqué un niveau record aux États-Unis, pour connaître une dégringolade vertigineuse en 2007.6 Manifestement un sommet est atteint lorsque la réaction du marché à un stade de croissance économique innovatrice atteint sa limite.7

Pendant la première période de toute innovation majeure qui devient généralisée (pensez aux ordinateurs par exemple), les entreprises qui investissent et innovent avec succès enregistrent des profits extraordinaires. Ces profits extraordinaires (par opposition à normaux) accompagnent une expansion économique.8 Lorsque les profits extraordinaires sont réinvestis, un plus grand nombre de personnes peuvent bénéficier des avantages de l’innovation. De plus, grâce au réinvestissement des profits, la croissance de l’économie globale peut créer suffisamment d’emplois pour compenser les effets sur l’emploi et les rendements de l’augmentation de la productivité. Ainsi, l’innovation entraîne une croissance de la productivité en produisant une quantité supérieure de biens et de services en faisant appel à moins de ressources, y compris des ressources humaines.

Mais pourquoi les profits extraordinaires qui sont associés à une expansion s’arrêtent-ils? Les économistes savent que les récompenses de l’innovation se dissipent lorsque la production s’approche des limites du marché. Ils parlent du « rendement décroissant » d’une économie qui atteint les limites de ce qui peut être produit avec la terre, ou le travail, ou les idées nouvelles d’une période donnée.

Lorsque l’investissement qui prolonge l’innovation sous forme de biens de consommation s’approche d’une limite, et que les profits se dirigent vers des niveaux normaux, la distribution des revenus peut s’ajuster de telle sorte que les écarts de revenus dans la population vont diminuer. Les nouveaux biens en capital ou de production – c’est-à-dire la nouvelle usine, le nouvel équipement, les nouveaux travailleurs spécialisés – serviront rapidement à produire des biens de consommation, maximisant les profits globaux et répondant à une demande associée au plein emploi et à un partage plus équitable des revenus.9

En outre, si chacun comprend correctement la nature temporaire des profits extraordinaires qui découlent d’une innovation réussie dans la production, la distribution des revenus s’ajustera. La production des biens et services de consommation connexes peut alors être entièrement déployée. De plus, la demande de biens et de services de production ou en capital dans l’économie globale empêchera une baisse absolue des résultats enregistrés. Cependant, si les profits extraordinaires tirés des nouveaux biens et services en capital ne reviennent pas à la normale lorsque l’expansion parvient à maturité, la croissance dans la production de biens et de services de consommation ne prendra pas le relais suffisamment pour éviter une baisse. La recherche de profits élevés se poursuit, et la distribution des revenus ne s’ajuste pas suffisamment pour accroître la demande des consommateurs.10 L’augmentation des biens en capital et des biens de comsommation fait donc appel à différents types de comportement. L’investissement de l’épargne, du crédit nouveau et des profits ajoutera aux nouveaux biens et services de production ou en capital. La production de nouveaux biens et services de consommation exige une demande de la part des gens dont les revenus sont consommés davantage.

Les pays en voie d’industrialisation fournissent un exemple net d’une croissance innovatrice. Aujourd’hui nous importons, en Amérique du Nord et en Europe plus de choses provenant de la Chine, de l’Inde et du Brésil. Ces nouveaux pays industriels nous vendent des produits manufacturés, dont nous bénéficions lorsqu’ils sont bon marché. Ces transferts vont se poursuivre jusqu’à ce que ces pays disposent d’un niveau suffisant d’infrastructure en capital, de bâtiments et d’investissements en capital humain. À ce moment-là, leurs coûts salariaux vont augmenter et les gens de ces pays seront capables de se permettre d’acheter leurs produits de consommation nationaux. Nous avons connu un processus similaire au cours de l’industrialisation du Japon, après la Deuxième Guerre mondiale. Les salaires des Japonais ont fini par augmenter jusqu’à ce qu’il ne soit plus rentable pour le Japon de produire des biens de consommation de base pour l’exportation.

Qu’est-ce qui a provoqué la présente crise économique mondiale?

Voyons maintenant la crise actuelle. Dans la vie nous cherchons à prévoir ce qui va arriver; nous nous y préparons en essayant de nous dérober aux issues négatives. Par exemple, nous nous assurons d’avoir suffisamment de nourriture jusqu’à la prochaine paye, ou assez d’argent pour payer nos frais de scolarité. Les gens et les corporations prennent de telles mesures d’évitement dans les institutions et les marchés financiers. Par exemple, si une compagnie doit acheter ou vendre des devises étrangères lorsqu’elle vend ses produits à l’étranger, elle peut se protéger contre les variations de la valeur des devises en achetant ou en vendant dès maintenant ces devises sur le marché de l’avenir au prix prévu de ces devises. En achetant des devises, une compagnie sera avantagée si le prix dans l’avenir s’avère plus élevé, mais elle sera perdante si le prix au comptant des devises est moins élevé lorsqu’elle aura besoin d’acheter. Ces mesures de protection peuvent homogénéiser les marchés avec le temps puisque l’offre, la demande et les prix interagissent tous sur des marchés tels que les marchés de l’avenir.

Qui dit innovation dans l’économie dit innovation dans le domaine de la finance. Bon nombre de nouvelles possibilités de mesures protectrices ont été élaborées depuis les années 1970, alors que les taux de change ont commencé à varier en fonction de l’offre et de la demande sur les marchés mondiaux des devises. Avant les années 1970, le système financier mondial était celui établi par les alliés de la Deuxième Guerre mondiale à la Conférence de Bretton Woods en 1944. À cette conférence les États-Unis sont devenus le banquier de la planète en acceptant de vendre l’or à 35 $ l’once; et les valeurs des devises mondiales ont été fixées en fonction du dollar américain et de l’or. Depuis les années 1970, cependant, les devises ne sont plus liées à l’or; elles varient plutôt en fonction de l’offre et de la demande visant une devise particulière. Mais certains pays continuent de lier leur devise au dollar américain.

Aucune entité n’a remplacé les États-Unis à titre de banquier de la planète au cours des années 1970. La coordination financière mondiale a commencé à dépendre des économies majeures et des institutions financières mondiales, comme le FMI, la Banque mondiale et la Banque des règlements internationaux. Il est souvent difficile pour l’économie mondiale d’équilibrer les flux financiers alors que se produisent des changements soudains des prix, de l’offre et de la demande de biens et de services, ou encore des taux de change des devises. Par ailleurs, les décisions économiques à l’échelle planétaire dépendent encore des diverses politiques des principaux gouvernements nationaux.

Après les années 1970, dans les économies de plus en plus déréglementées, notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, l’innovation financière et les profits pouvaient revêtir plus d’importance que les mesures de protection sur les marchés financiers mondiaux.11 De fait, dans certains pays, de nouveaux instruments financiers, tels les fonds de couverture (hedge funds), étaient avantagés par le climat de la déréglementation. Pensons par exemple à des régulateurs, tels la U.S. Securities and Exchange Commission, qui ont rendu optionnels leurs règlements corporatifs et ne règlementaient pas de nouveaux instruments financiers comme les fonds de couverture.12 Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale ou banque centrale des États-Unis de 1987 à 2006, parlait de sa confiance envers le système global non réglementé (« Étant donné les trillions de dollars de transactions transfrontalières quotidiennes, dont peu sont officiellement enregistrées, comment quiconque peut-il être sûr qu’un système mondial non régulé fonctionnera? Et pourtant il fonctionne, tant bien que mal ») en affirmant que la déréglementation avait aidé les États-Unis à demeurer la plus concurrentielle des grandes économies mondiales. Entretemps, toutefois, les dirigeants économiques européens reconnaissaient à leur sommet de Lisbonne en l’an 2000 que leurs économies relativement réglementées devaient devenir plus concurrentielles.13

Dans le monde de la finance internationale, chacun comptait jusqu’à un certain point sur les États-Unis comme leader de l’économie mondiale. Entre 2002 et 2007, l’offre d’argent et de crédit aux États-Unis a augmenté de six ou sept pour cent par année. Les taux d’emprunt de la banque centrale, établis à un très bas niveau, facilitaient les emprunts pour les autres banques, les sociétés et les particuliers; ces taux encourageaient également les entreprises économiques qui s’essoufflaient. De même, les politiques du gouvernement américain tendaient à accroître l’accès au crédit en offrant des crédits fiscaux sur les intérêts hypothécaires et en soutenant tacitement les institutions hypothécaires nationales, Fannie Mae et Freddie Mac. En outre, la croissance de la devise américaine a eu des effets sur la scène internationale. Aujourd’hui, le dollar américain constitue une devise mondiale et est détenu comme devise de réserve par les banques centrales de nombreux pays.

Par ailleurs, les profits à l’échelle mondiale étaient souvent réinvestis dans des obligations des États-Unis, ce qui aidait à financer les déficits du gouvernement américain et les déficits des États-Unis dans la balance des paiements. Comme il y avait des fonds disponibles pour des emprunts aux bas taux en vigueur, les financiers et les banquiers ont constaté qu’il y avait un marché international pour les bons du trésor des États-Unis14 et d’autres instruments de créance tels que des hypothèques. Or en 2004, les faibles taux d’intérêts en vigueur sur les obligations du gouvernement américain en avaient fait un investissement moins intéressant. Cependant, les nouvelles valeurs immobilières américaines adossées à des actifs (mortgage-backed assets), ou les papiers commerciaux, sont devenus attrayants pour les investisseurs à l’échelle nationale et internationale. Les courtiers hypothécaires et les banques ont vu la possibilité d’étendre le marché hypothécaire en offrant des hypothèques aux gens à faibles revenus. Les banques ont innové, créant de nouveaux instruments financiers (instruments de créance adossés à des actifs – collateralized debt instruments) qui concrétisaient des avoirs bancaires tels que des hypothèques et d’autres papiers commerciaux. Les banques vendaient ensuite ces instruments de créance par l’intermédiaire de leurs courtiers, en faisant un profit, à de plus grosses banques, à Fannie Mae et Freddie Mac, et aux institutions financières de partout dans le monde. 15 Au début, tout le monde croyait au marché américain de l’immobilier, où les prix étaient à la hausse depuis des années.

Traditionellement, les banques assumaient des dettes par l’intermédiaire de leurs gestionnaires de risques. Dans une période d’essor économique, cependant, alors que tant l’offre d’argent que les profits sont en croissance, les courtiers en actions et en obligations et les gestionnaires de risque ont des intérêts très divergents. Les gestionnaires de risque veulent éviter les créances à risque, alors que les courtiers et les banquiers principaux s’intéressent aux profits de la vente des forfaits d’instruments de créance qu’ils détiennent comme avoirs. Avec le temps, les gestionnaires de risque dans les banques viennent à être considérés comme des parias, des gens qui gaspillent une bonne chose. Entre-temps, les gens dans les marchés financiers et les banques utilisaient des fonds empruntés ou les dettes pour investir dans les actions cotées en bourse, puisque les intérêts sur ces dettes étaient beaucoup moindre que les profits qu’ils pouvaient réaliser sur ces investissements. De tels investissements sont risqués, certes. Si les avoirs perdent leur valeur, le principal et les intérêts sur la dette utilisés pour les acheter doivent être remboursés.

Pourquoi personne n’a-t-il vu venir la fin de cet essor? Hyman P. Minsky, économiste keynésien, offre une explication, la théorie de l’instabilité financière, portant que vers le sommet d’une expansion les investisseurs et les institutions financières aiment bien frayer avec le risque.16 Les investisseurs, affirme-t-il, s’éloignent des mesures de protection pour s’adonner à la spéculation. De même, au cours de l’essor récent, il semble que certains modèles économiques servant à prévoir les tendances de l’économie avaient de fait été calibrés en fonction des quatre années précédentes – toutes des années d’essor. Les modèles, naturellement, n’ont pas indiqué la fin prochaine de l’essor.17

Dans son livre, Le Temps des turbulences, Alan Greenspan avance que, même si la Réserve fédérale s’efforce d’éviter les bulles qui vont crever tôt ou tard, il est impossible de prévoir ou de contrôler le comportement des marchés boursiers.18 Par ailleurs, dans ses dernières Perspectives de l’économie mondiale, le FMI affirme, diplomatiquement, que « l’évolution récente sur les marchés financiers a alimenté le débat concernant la prise en compte par les banques centrales des prix des actifs lorsqu’elles décident de l’orientation de leur politique monétaire … surtout dans les économies ayant un marché hypothécaire plus développé où les effets d’« accélérateur financier » sont devenus plus prononcés ».19 Il est vrai, cependant, que l’important flux de capitaux étrangers transférés aux États-Unis, où les bailleurs de fonds cherchaient un endroit sûr pour investir, a contribué à la baisse des taux d’intérêts dans ce pays.20

En août 2006 on commence à enregistrer des défauts de paiements hypothécaires. Lonergan dirait que ce qui prévaut désormais, c’est, non moins la cupidité que l’auto-préservation. Les gens tentent de se défaire des instruments financiers à base hypothécaire qu’ils ont en main. Et lorsqu’ils ne réussissent pas à le faire, ils se retrouvent dans l’impossibilité de rembourser leurs propres dettes de courtage. Ils sont coincés. Or la possibilité d’emprunter dans d’autres banques, coincées elles aussi, s’estompe également. Les banques sont particulièrement vulnérables au moment d’une baisse de l’économie, lorsqu’une chute des valeurs des actifs signifie que leurs obligations dépasseront bientôt leurs actifs. Dans ce cas, par ailleurs, les banques étaient également en difficulté parce qu’elles n’avaient pas les liquidités voulues pour honorer leurs dettes à court terme. Comme nous l’avons vu, de nombreuses banques affrontaient une insolvabilité sur le plan de leur bilan ou de leur encaisse.

Lorsque les banques faillissent, leurs actifs sont vendus, ce qui entraîne une nouvelle baisse des valeurs des actifs sur le marché boursier. Les prêts inter-banques deviennent plus risqués puisque personne ne sait quelle sera la prochaine banque à tomber. Le monde de la finance est un réseau d’interdépendance qui parfois fonctionne bien, mais aussi parfois paralyse. Et les banques créent de l’argent en consentant des prêts aux entrepreneurs. Or la pratique des taux d’intérêts très bas, dans la phase d’expansion, associée à la possibilité d’obtenir des profits faciles sur un marché boursier ascendant, avaient amenés un gonflement des prêts et des dettes. En outre, le ratio du capital des banques et des portefeuilles de prêts bancaires s’élevait à 1:30. Or, après un choc boursier, les banques veulent avoir un ratio de 1:15.21 Il devient donc crucial de trouver une méthode pour renflouer les banques afin que leurs prêts aux entreprises et leurs prêts mutuels puissent retrouver un niveau de crédit suffisant pour l’économie mondiale. En somme, la stabilité du système bancaire est essentielle au fonctionnement de l’économie réelle des biens et des services..

Les investisseurs étrangers ont joué un rôle également dans la crise. Par exemple, le yen japonais, qui est également une devise mondiale, a permis aux investisseurs japonais d’emprunter à des taux d’intérêts très bas chez eux afin d’investir à Wall Street. De même, certains économistes soutiennent que les inégalités salariales aux États-Unis ont été un facteur significatif. Jusqu’ici, ce sont surtout les foyers à faibles revenus et à revenus moyens qui ne réussissent pas à payer leur hypothèque. Ce problème est attribuable partiellement à l’absence de croissance réelle des revenus de ces groupes au cours des dernièrs années de même qu’à l’absence d’épargne.22

Avec la faillite des banques, les pertes d’emplois dans le secteur financier viennent s’ajouter aux pertes d’emplois dans d’autres secteurs. Qui dit pertes d’emplois dit réduction des revenus et des dépenses. Lorsque les sources de crédits tarissent, des projets nouveaux et prometteurs dans d’autres industries ne peuvent plus obtenir de financement des banques ou des marchés de capitaux. Leurs plans de production et d’embauche sont reportés ou abandonnés. Par ailleurs, les consommateurs ont du mal à gérer le solde de leur carte de crédit dans une période de hausse des taux d’intérêts et de pertes d’emplois.

Aujourd’hui, nous commençons à peine à nous adapter à la discontinuité d’une macroéconomie qui est à la fois une économie nationale et une économie mondiale. Les économies nationales doivent coopérer suffisamment pour pouvoir se vendre mutuellement leurs produits dans une économie mondiale. Mais il faudra beaucoup de discussions et de diplomatie pour élaborer des règles communes pour une économie mondiale. Entre-temps, sur le terrain, sans règles du jeu, l’économie se développe de manière anarchique – les entreprises cherchant à survivre dans un contexte compétitif vont produire dans les pays où les coûts sont inférieurs ou défendent leurs marchés contre des concurrents venus d’ailleurs. Depuis les années 1970, les économies mondiales ont élaboré de nouvelles façons d’organiser les flux de devises diverses de manière à permettre la production et l’échange. La crise économique actuelle pourrait fournir l’occasion d’orienter dans de meilleures directions l’organisation de l’économie mondiale.

Comment Lonergan expliquerait-il ce qui s’est passé?

Lonergan analyse le « revenu de surplus pur » ou les profits extraordinaires, de même que les changements de prix pendant un cycle de croissance novatrice, en faisant remarquer que le défaut de s’adapter aux changements des prix et des profits entraîne les crises et les ralentissements des cycles d’entreprise. Examinons chaque variable séparément.

Qu’arrive-t-il des profits dans un cycle de croissance innovatrice?

Lonergan affirme que les profits extraordinaires d’une croissance innovatrice forment un « dividende social ». Ils surviennent de façon temporaire, dit-il, lorsque l’investissement dans la production va plus vite que les extrants courants. Lonergan explique le cycle des profits extraordinaires de la manière suivante. Lorsque l’économie connaît une expansion, de nouveaux investissements nets sont fournis par des épargnes globales nettes, soit directement par les entrepreneurs, soit indirectement à travers le système bancaire, le marché boursier ou les institutions financières internationales.23 Quiconque ne dépense pas tous ses revenus pour l’achat de biens et de services de consommation ou pour le remplacement et l’entretien de l’équipement et des ressources humaines nécessaires à la production courante réalise une épargne nette. Généralement, les sources d’épargnes nettes sont les profits et les marchés financiers. Une innovation réussie étend les profits de la production jusqu’à ce que que les limites des ressources ou des marchés soient presque atteintes. Alors, la diminution des rendements met fin aux profits extraordinaires. Lonergan fait remarquer que, lorsqu’une expansion arrive à sa fin, « la mentalité de notre culture ne véhicule aucune idée et les procédés de nos économies ne prévoient aucun mécanisme visant à ramener doucement et équitablement à zéro les épargnes globales nettes (qui fournissaient de nouveaux investissements fixes). »

Or, le problème tient au fait que certains profits sont relativement invulnérables. Lonergan avance que les obligations portant intérêts et les honoraires ou salaires élevés représentent un example manifeste de cette invulnérabilité. « Ces types de revenus de surplus purs », dit Lonergan, « sont les derniers à ressentir la paralysie qui gagne tout le reste ... et alors la pression s’exerce d’autant plus fortement et impitoyablement ailleurs ... Cette relative invulnérabilité (des revenus élevés) ... est alimentée par un taux de pertes (d’entreprise). » De même, les personnes continuent de recevoir des revenus plus élevés que leurs dépenses aux chapitres de la consommation ou des investissements pour le remplacement. Et les pertes au sein de l’économie se poursuivent tant que les épargnes nettes globales décroissent, ou jusqu’à ce que les pertes d’entreprise abaissent les prix suffisamment pour augmenter le pouvoir d’achat des gens et ainsi mettre fin à la dépression. Comme l’explique Lonergan, les pertes doivent se poursuivre jusqu’à ce que les revenus invulnérables cessent d’excéder les profits que génère la production. « Tant que la position des forts est minée par une contraction générale et prolongée, il faut que se maintienne un taux de pertes, s’accompagnant d’une dépression ... À la limite, le taux de pertes disparaît et l’équilibre perturbé fait place à un véritale équilibre ... Les commandes de remplacement commencent à augmenter; elles seront accompagnées de ... nouveaux investissements fixes ... le redressement est en cours. » 24

Lonergan se penche également sur les « mesures palliatives » que les producteurs et les gouvernements ont cherché à mettre en œuvre dans le passé de façon à éviter que cessent les profits extraordinaires. Il mentionne entre autres l’effort des producteurs cherchant à créer un excédent d’exportations ou fabriquant des armes. Il mentionne les demandes inopportunes des syndicats aux chapitres des salaires et des avantages sociaux alors que, dans une phase d’expansion, il est nécessaire de générer des profits pour les investir. Il souligne que certains gouvernements, possesseurs d’une devise mondiale, ont pris avantage de la situation, faisant payer d’autres pays pour cette devise dans l’exportation de leurs biens et services réels. Il fait remarquer que certains pays possédaient des colonies, ce qui leur procurait certains avantages. Il note également que certains gouvernements ont mis à l’essai la notion de l’État-providence, avec ses déficits structurels, comme moyen de gérer des crises. Or l’expérience a montré comment de vastes programmes sociaux risquent de décourager l’emploi et de ne pas vraiment atteindre les personnes dans le besoin.25 Bien des questions restent en suspens, certes. Comment va-t-on mesurer le dynamisme de la croissance innovatrice de manière à comprendre les variations des profits? Comment les compagnies et les gouvernements peuvent-ils s’assurer que les profits extraordinaires seront réinvestis de manière qui soit bénéfique pour l’ensemble de la société, et non seulement pour les compagnies elles-mêmes?

Lonergan, je pense, soutiendrait que les profits sont nécessaires mais non suffisants pour assurer la stabilité de l’économie. Les économistes savent que, à moins que n’émergent de nouvelles innovations, les niveaux de profits décroîtront dans une économie axée sur les imitations des innovations. Lonergan souligne qu’à la fin d’une période d’expansion, les acteurs économiques affectés doivent adapter leur comportement à une période de profits macroéconomiques normaux et à des revenus plus équitables qui rendent possibles des niveaux d’emploi et de consommation supérieurs. Ils doivent renoncer aux profits extraordinaires de l’expansion, mais évitent ainsi les perturbations économiques et les coûts humains d’un effondrement.

Qu’arrive-t-il aux prix dans le cycle de croissance innovatrice?

Pour Lonergan, la deuxième variable en importance dans la croissance innovatrice est l’indice des prix à la consommation. Il emploie l’expression « écart du prix de base global - aggregate basic price spread », qui est une variation des prix à la consommation à partir du prix de revient lorsque les prix augmentent au cours d’une expansion.26 Au cours d’une expansion, explique Lonergan, de nouvelles dépenses en investissement dans de nouveaux équipements et de nouvelles compétences dépasseront la production courante de biens et de services de consommation. La source de l’écart des prix de base, dit-il, se trouve dans la différence entre les recettes de la production de biens et de services de consommation et leur coût de production. Au cours d’une expansion, le volume des revenus d’emploi et des salaires va s’accroître, faisant augmenter la demande de consommation et les prix à la consommation tant qu’il y a un décalage entre la sortie des éléments de consommation et leur production. Lorsque les prix montent, les profits peuvent être réinvestis pour faire augmenter cette production.

Lonergan juge que le facteur d’accélération des prix à la consommation sera positif seulement lorsque la production courante excèdera les extrants courants. Il affirme que « dans une économie libre, les facteurs d’accélération ne sont pas tenus à un niveau minimal ». On s’attend à ce que les prix continuent de monter. « Chaque producteur commande plus de matériels, plus de biens semi-finis, plus de biens finis, qu’il ne le ferait autrement … la hausse initiale des prix amorce une expansion spéculative qui met en relief les facteurs d’accélération, étend encore davantage l’écart des prix et stimule un taux d’accélération nouvelle … qu’il sera tout à fait impossible de maintenir. »27

Selon Lonergan, ce sont les banques, les gouvernements et les institutions financières internationales qui rendent possible un essor spéculatif sur les marchés boursiers. Des sommes de revenus plus élevées, fait-il remarquer, seront consacrées à la demande de biens et de services de consommation. Et il pourrait y avoir de nouveaux flux monétaires vers l’investissement, même lorsque l’expansion réelle tire à sa fin. L’optimisme qui accompagne les nouvelles dépenses neutralisera, pour reprendre la formulation de Lonergan, « toute tendance vers une contraction de l’écart des prix et renforcera toute tendance à une expansion de l’écart des prix. » Ainsi, la rupture éventuelle du marché boursier « intensifie la crise des circuits (de production), éliminant les tendances expansives jusque là gonflées, et laisse le système à une hauteur supérieure, prêt pour sa chute. » Ensuite, « les biens spéculatifs sont gelés puisque tout le monde veut vendre avant que les prix ne chutent davantage, et que personne ne veut acheter tant que les prix n’ont pas baissé encore davantage … Les avoirs sont gelés puis liquidés dans une grande baisse des prix … »28 Résultat : comme les prix chutent, les entreprises réduisent leur volume d’extrants et les revenus des gens diminuent.

Les banques centrales ont eu recours à un moyen classique entre autres pour gérer les essors économiques : elles ont limité les sources de crédits nouveaux lorsque l’inflation des prix indiquait que la croissance de l’offre d’argent était excessive. Les économistes ont également appelé un système économique où l’offre d’argent soit au service du système de production, et croisse à un rythme très proche de celui de l’économie réelle. Aujourd’hui, les banquiers centraux, qui jouissent d’une certaine indépendance à l’égard des gouvernements, tentent de gérer cette situation. Mais les banques centrales n’ont pas prêté suffisamment attention aux bulles des marchés boursiers ou des valeurs immobilières. En outre, leur pouvoir est limité par des activités économiques globales qui entraînent des mouvements d’entrée et de sortie de l’argent dans les institutions nationales. En somme, le niveau de coordination internationale entre les banques et les gouvernements qu’exige une économie globale ne s’est pas encore concrétisé.

Dans son analyse du commerce extérieur, Lonergan explique les désavantages des déséquilibres de la balance des paiements d’un pays. Un équilibre défavorable, dit-il, rend un pays dépendant des investissements étrangers ou des emprunts à l’étranger. Les investissements étrangers peuvent susciter une expansion de la production et des exportations. Une expansion monétaire intérieure peut permettre aux entreprises de remplacer la capacité de produire, créant ainsi de nouveaux emplois et augmentant la demande de consommation. Mais pour mener vers un équilibre les paiements internationaux, il faut un accroissement des exportations qui compense les excès d’importations. Une récupération devient plus difficile puisque les intérêts et les remboursements des prêts étrangers s’ajoutent aux coûts de production, ce qui limite les profits.

Conclusion

Lonergan explique qu’une croissance innovatrice n’est pas vouée à un effondrement. Les économistes et les politiciens concernés doivent trouver une réponse à la crise particulière que nous vivons aujourd’hui. Mon propos ici n’était pas d’indiquer comment on peut remédier à la situation actuelle. Cependant, l’économiste Daniel Trefler, dans un document récent sur les politiques nationales pouvant susciter une croissance innovatrice effective au Canada, analyse certaines options dans un effort pour débouter le mythe opposant une société prospère et une société compatissante. Il constate en fait qu’un investissement dans les personnes est un moyen efficace pour créer une bonne qualité de vie et favoriser à la fois la prospérité économique.

Une conception traditionnelle associe la prospérité à une croissance économique innovatrice et à une augmentation de la productivité. La productivité s’améliorerait, souligne Trefler, si nous soutenions l’éducation depuis la petite enfance jusqu’à l’université, si nous investissions dans les travailleurs et si nous réduisions les charges fiscales sur les revenus d’entreprise qui sont investis. Trefler appelle aussi à une réduction du travail à temps partiel, comme le demandent de nombreux travailleurs.29 Les dépenses en investissement des compagnies au chapitre de la recherche et du développement et les demandes de brevets constituent un indicateur de la croissance innovatrice et de la prospérité. Ce qui implique une valorisation de l’éducation.

Trefler, par exemple, attire l’attention sur le « Pathways program », un programme très efficace déployé à Regent Park, un quartier pauvre de Toronto, et qui a permis de réduire de 50 à 10 pourcent le taux de décrochage scolaire tout en augmentant de 20 à 80 pourcent le taux d’inscription à l’école secondaire. Les coûts de ce ptogramme, soit 4 000 $ par enfant, représentent en fait un investissement dans l’ensemble de la communauté. Des projets semblables ont été couronnés de succès aux États-Unis et dans d’autres pays.

Manifestement, nous devons découvrir un capitalisme rentable, un capitalisme qui comprenne que les profits extraordinaires générés par une croissance économique reviendront à un niveau normal lorsque se stabilisera la production de biens et de services – c’est-à-dire au moins jusqu’à ce qu’arrive une nouvelle innovation. Des économistes – notamment Keynes, Lonergan et Trefler – ont appelé à un niveau social d’investissement à la fois de la part du secteur privé à but lucratif et des secteurs à but non lucratif. Par ailleurs, dans les économies de marché fondés sur la libre entreprise, on doit s’attendre à ce que les producteurs et les consommateurs respectent les lois et les règlements gouvernementaux. Les lois, notamment les lois fiscales et les règlements touchant le monde des affaires, peuvent faire du tort à l’économie, mais la réglementation joue un rôle nécessaire dans l’encadrement de la production et des échanges économiques au bénéfice de la société.

Les théories économiques positives de Lonergan s’appuient sur les données objectives relevées dans les crises économiques récurrentes. Cependant, dans une science humaine telle que l’économie, où compte le comportement humain, des questions se posent inévitablement quant à la façon dont les personnes prévoient les événements économiques et y réagissent. Par exemple, en réponse à la crise économique et financière actuelle, nous devrions pouvoir compter que les décideurs politiques ne feront pas les mêmes erreurs que celles commises durant la Grande Crise. De fait, les gens peuvent apprendre de leurs erreurs. Les décideurs politiques ont récemment déclaré leur opposition aux politiques de protectionnisme en matière de commerce extérieur, ainsi qu’aux politiques qui entraînent des hausses d’impôt ou un resserrement de l’argent ou du crédit – autant de politiques instaurées durant la Grande Crise lorsque les pays s’efforçaient d’aligner leurs devises sur l’étalon or aux fins du commerce international. De telles interventions aggravaient les dépressions au lieu d’aider les économies à se remettre sur pied.

Même si les relations financières internationales ont connu une croissance considérable depuis les années 1970, les structures des institutions financières globales ont peu changé depuis 1944. De nouveaux acteurs sur la scène mondiale devraient évidemment être mieux représentés. L’importance des pays du Moyen Orient, de l’Inde, de la Chine, de la Russie, du Brésil, en matière de commerce international, nécessite une conception nouvelle des structures de la finance internationale, aux fins d’une stabilité financière à long terme. Par ailleurs, ce sont les décisions prises par des personnes qui vont influencer nos données économiques futures. Les leaders du monde actuel reconnaissent que leur interdépendance économique exige à la fois des changements dans les structures financières internationales et une meilleure coordination des politiques à l’échelle internationale. Naturellement, cependant, ces changements prennent du temps et nécessitent un apprentissage, une résolution de conflits, le dialogue et la communication.

Bon nombre d’économistes ont dépassé les postulats de leur discipline pour soulever des questions au sujet des interventions des gouvernements et des institutions dans l’économie. Des économistes tels que Hayek, Keynes, Schumpeter et Lonergan, entre autres, ont abordé des thèmes sociaux et humains. Certes, Lonergan souligne que la technologie, la finance, l’économie et les institutions politiques constituent les bases essentielles du développement humain, social et culturel.30 Cependant, il reconnaît à la société la première place dans l’économie, qui opère d’abord et avant tout pour les personnes. La finance est essentielle, mais elle est subordonnée à l’économie.31

La difficulté que pose une science humaine telle que l’économie tient au fait que les décisions et les choix des humains dépendent de la compréhension qu’ils ont des contraintes de la production, des échanges et de la finance. Les choix économiques ont souvent une portée considérable, notamment dans l’économie globale. Les personnes qui prennent les décisions doivent soupeser la valeur des effets directs et indirects de leurs actions en regard des conséquences négatives,indirectes ou imprévues.32 Il convient de nous souvenir que parfois les avantages d’une action économique peuvent servir à en contrer les incidences négatives.


1Voir par exemple Finn Kydland et Edward Prescott, « Time to Build and Aggregate Fluctuations », Econometrica 50 (1982), p.1345-1370; et Paul M. Romer, « Endogenous Technological Change », Journal of Political Economy 1990, vol. 98, no5, S71-S102.

2Bernard Lonergan, For a New Political Economy, Vol. 21, Collected Works Edition, édité par Philip McShane (Toronto, Toronto University Press, 1998), p. 287-292; Macroeconomic Dynamics: An Essay in Circulation Analysis, Vol. 15, Collected Works Edition, édité par Frederick G. Lawrence, Patrick H. Byrne, et Charles C. Hefling, Jr., (Toronto, Toronto University Press, 1999), p. 135-144. Lonergan utilise l’expression « revenu de surplus » pour parler des profits. Le pur revenu de surplus concerne les profits extraordinaires qui résultent d’une croissante innovatrice réussie.

3Bernard Lonergan, Insight, A Study of Human Understanding, Vol. 3, Collected Works Edition, edited by Frederick E. Crowe and Robert M. Doran (Toronto, University Press, 1992 [1957]), 141-151. En français, L’insight. Étude de la compréhension humaine, Montréal, Bellarmin, 1996, p. 137-148. Lonergan décrit l’économie comme une matrice ou un réseau de schèmes de récurrence. Ces schèmes sont la production, les échanges et la finance.

4Lonergan, « Division of the Productive Process », Macroeconomic Dynamics, p. 23-28; For a New Political Economy, p. 234-237. Lonergan souligne la distinction fonctionnelle entre les biens de production et les biens de consommation d’une manière qui favorise la compréhension de leurs relations dans le temps, à l’intérieur de la production. Les biens en capital et les biens de consommation jouent des rôles différents dans l’économie. Les biens de production et les biens en capital créent la capacité de production de l’économie et servent à la production de biens et de service pour la consommation.

5 Lonergan, L’insight, p. 227-228. Lonergan se penche sur le dynamisme des gens qui se servent de leur intelligence pratique pour développer la technologie, l’économie et les institutions politiques.

6U.S. Bureau of Economic Analysis National Economic Accounts, Tableau 1.1.1. Consulté le 23 novembre 2008.

7L’exemple le plus clair de la macrodynamique ou des cycles de croissance innovatrice dont traite Lonergan est une révolution industrielle. Pensez à l’Angleterre au 19e siècle, à l’Allemagne au tournant du 20e siècle, aux États-Unis durant la première moitié du 20e siècle.

8Lonergan explique que les profits extraordinaires de l’innovation constituent un dividende social qui doit être réinvesti afin que la société en partage les bénéfices. À l’instar de Keynes, Schumpeter et Hayek, Lonergan appelle à un niveau social d’investissement. La question qui se pose est la suivante : Comment encourager un niveau social d’investissement dans une société démocratique? Macroeconomic Dynamics, p. 145.

9Lonergan appelle cette deuxième phase de la croissance innovatrice « l’expansion de base ». Une expansion de base intégrale est fonction du retour des niveaux de profits à la normale dans l’ensemble de l’économie, et par conséquent d’une distribution plus équitable des revenus.

10Lonergan, « The Cycle of Pure Surplus Income », For a New Political Economy, 292-301 (voir la traduction offerte sur ce site); Macroeconomic Dynamics, 144-156.

11Voir, par exemple, « A short history of modern finance », et d’autres articles sur la crise dans The Economist, 18 octobre 2008.

12Stephen Labaton, New York Times, 2 octobre 2008. envoyé par courriel par J.A. Raymaker.

13Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, traduction de Thierry Piélat et Georges Nicolas, Paris, JC Lattès, 2007, p. 471, 374.

14Les obligations du gouvernement et ou d’autres papiers comportant différentes échéances servaient à financer le déficit budgétaire ou à refinancer les dettes échues, très souvent vendues sur les marchés financiers.

15Bande audio de la NPR, « This American Life », été 2008. Écoutée en septembre 2008.

16Hyman Minsky (1919-1996), « The Financial Instability Hypothesis », écrit en 1992. http://econpapers.repec.org/paper/levwrkpap/74.htm. Consulté le 29 novembre 2008.

17Frank Milne, « Anatomy of a Crisis: Role of Faulty Risk Management Systems », commentaire de l’Institut C.D. Howe, Toronto, Canada, octobre 2008.

18Alan Greenspan, Le Temps des turbulences, 217,219, 593-594.

19Perspective de l’économie mondiale du FMI, avril 2008, Sommaire, p. 3-4.

20The Economist, « Special Report on the World Economy », 11 octobre 2008, p. 1-35.

21The Economist, 29 novembre 2008, p. 73.

22Courriel reçu de Francis Parfitt, Économiste principal, Bureau du cabinet – Affaires intergouvernementales, Gouvernement de l’Ontario, Canada, 1er novembre 2008.

23Ces profits extraordinaires temporaires tirés de l’innovation dépassent les rendements normaux de la gestion, des locations, des intérêts versés aux prêteurs, des dividendes aux propriétaires d’actions de l’entreprise, des traitements et des salaires. Lonergan, Macroeconomic Dynamics, p. 81.

24Lonergan, For a New Political Economy, p. 306-307; Macroeconomic Dynamics, p. 162.

25Lonergan, Macroeconomiv Dynamics, p. 82-86. Voir également John Richards, Retooling the Welfare State: What’s Right, What’s Wrong, What’s to Be Done, Toronto, Institut C.D. Howe, 1997, Policy Study 31; « Reducing Poverty: What has Worked, and What Should Come Next », Institut C.D. Howe, Commentary, no 255, octobre 2007.

26Pour Lonergan, les coûts incluent tous les coûts qu’exige le maintien du niveau de production courant; c’est-à-dire les coûts de remplacement et de maintenance, les frais de gestion, les frais d’intérêts et de dividences de même que les traitements, salaires et avantages sociaux. Voir For a New Political Economy, p. 301-302; Macroeconomic Dynamics, p. 156-157.

27Voir « The Cycle of the Aggregate Basic Price Spread », For a New Political Economy, p. 301-307; Macroeconomic Dynamics, p. 156-162.

28Lonergan, For A New Political Economy, p. 306, Macroeconomic Dynamics, p. 162, 80-82.

29Daniel Trefler, « Canadian Policies for Broad-based Prosperity », the Innis Lecture, Canadian Economic Review, Vol. 41, no 4, novembre 2008, p. 1156-1184. D’autres facteurs affectent la prospérité, notamment les écarts des revenus entre les zones urbaines et rurales, qui peuvent manifester une distorsion fiscale où les villes sont sous-financées.

30Lonergan, L’insight, p. 551-553.

31Lonergan, For a New Political Economy, p. 101.

32Kenneth Melchin, « Revisionists, Deontologists, and the Structure of Moral Understanding », dans Theological Studies 51 (1990), p. 389-416. Kenneth Melchin fait appel aux éthiciens pour « comprendre les structures intégrales des schèmes liés de décisions, de buts et de conséquences qui fonctionnent à l’intérieur de configurations concrètes de conditions historiques et sociales. » Il soutient que … « l’éthique est l’affaire toute simple d’un service rendu à toute l’humanité. Ses données concernent l’expérience vécue totale de l’humanité, y compris son expérience religieuse totale. Elle a pour tâche de comprendre la portée morale des régularités récurrentes des expériences passées, dont la mise en oeuvre dans les décisions futures peut servir à rendre la vie meilleures, au sens le plus large et le plus riche. »

 

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